Il
me raconte comment ce petit village, fondé en 1935 par des Allemands
fuyant le nazisme, était complètement isolé, au fond de son fjord,
attendant patiemment les bateaux d'approvisionnement tous les quinze
jours ou tous les mois. On se débrouillait comme on pouvait et on
était autonome. Puis la Carretera
permit des approvisionnements plus réguliers. Elle a également
permis l'essor du tourisme. Ce n'est pas non plus Disneyland ou La
Grande Motte, mais une certaine affluence d'assoiffés de plein air
et d'aventure sillonnant la route australe dans un sens ou dans
l'autre, en voiture, en vélo, en camping-car, en bus, en stop.
Beaucoup d'Israéliens, pas mal de Français et d'Allemands aussi, et
des Chiliens du "Nord" venant à la découverte des confins
de leur pays.
Lundi
matin. La journée va être belle. C'était annoncé depuis plusieurs
jours et les prévisionnistes ne se sont pas trompés. Mais je ne
serais pas tout à fait Français si je ne me plaignais pas un peu :
le vent ce matin est glacial. Pour éviter de mourir congelé sur le
bord de la route, j'avance et lève le pouce dès qu'une voiture
passe. Après quatre sauts de puce de 5 à 10 kilomètres, Daniel
s'arrête pour me proposer d'aller jusqu'à ma destination du jour.
Je n'y croyais plus. Deux jours de suite à plus de 200 km, belle
perf' sur la Carretera austral !
Pourvu qu'ça dure... Je dois être vendredi à Villa O'Higgins, au
bout de la route australe, et il me reste 350 km dans des coins
encore plus reculés.
Ces quelques heures avec Daniel seront l'occasion de parler du projet
de centrales hydroélectriques (une succession de cinq barrages) sur
lequel il travaille dans la région de Cochrane un peu plus au Sud.
Pour l'heure, le gouvernement a validé la construction de la
centrale en tant que telle mais pas encore son raccordement au reste
du réseau électrique, via une ligne à haute tension qui devra
traverser cette région sauvage et difficilement accessible.
L'opposition au projet est féroce. Les ONG environnementalistes
dénoncent le déplacement de 19 familles et l'inondation de
différents éco-systèmes impactant faune et flore. Et d'autres
comme Douglas Tompkins (le fondateur américain des marques de vêtements North Face et Esprit qui acquiert de gigantesques territoires pour aider à la conservation du patrimoine naturel de la Patagonie) s'inquiètent de l'impact environnemental, esthétique et
touristique.
En
milieu d'après-midi, j'arrive à Puerto Río Tranquilo, sur les
rives du Lago General Carrera, superbe lac bleu-vert dans cet écrin
de montagnes. Je rate le tour de bateau pour aller voir les calanques
mais je reste passer la nuit. Assez de route pour aujourd'hui. Je continuerai demain !
Note. En attendant le traditionnel diaporama (qui sera publié dans le dernier article de la série), vous pouvez cliquer sur les photos pour les agrandir.
C'est la baraka chilienne en stop !
RépondreSupprimerPourvou qu'çà'doure !!!
A plous